Bolivia – La Paz

Bolivia – La Paz

Nuestra Señora de La Paz est une ville qui porte mal son nom. Du matin jusqu’au soir il y a du fourmillement dans les rues pentues du centre-ville et dans les carrés arides de l’Altiplano. Tous les jours un déplacement impressionnant a lieu dans la ville et les rues et avenues se remplissent d’étudiants, de militaires, d’enfants, de gens en route vers le travail, de touristes, des femmes aymaras (les femmes habillées traditionnellement avec des jupes colorées en plusieurs couches, des grands foulards multicolores en laine d’alpaga et des tout petits chapeaux) qui vendent leurs marchandises sur le trottoir.
Le trottoir est le marché principal à La Paz: partout il y a des petites armoires blanches qui font service de boutique et dont la marchandise est étalée sur le trottoir chaque matin. À côté de ça il y a des stands improvisés (un bout de plastique, un panier, un sac suffit pour ouvrir sa « boutique » trottoir) où on peut acheter tout et n’importe quoi: des fruits & légumes, des jus de fruits frais, des collants, des vêtements, des applications iPhone, des élixirs pour repousser les cheveux ou soigner le rhumatisme, des poulets oranges fluo et des morceaux de viande non identifiable vendus à l’air ambiant … et des bonbons: des tonnes de petites boutiques de bonbons dont le taux de sucre approche les 99% (du sucre belge raffiné, quelle fierté..). La règle semble être: plus que tu réussis à empiler sur le trottoir, plus que ta boutique aura du succès. Même les magasins s’y tiennent: il y a des gens qui louent des espaces, mais ils déménagent quand même la majorité de leur marchandise sur le trottoir le matin.

Niveau magasin comme chez nous, c’est-à-dire dans un bâtiment, il y a 2 sortes: des pharmacies (les Boliviens ont clairement adopté la manie pour les médicaments des Espagnols) et les garages. Sans exagérer il y a facilement 2,3 garages par rue et ils travaillent tout le temps: le trafic à La Paz est une aventure, le machisme se fait sentir dans la conduite des propriétaires des vieilles lada’s ou des minibus Toyosa (pas une erreur de frappe, ils aiment s’approcher des marques connues, au moins dans le nom), c’est la loi du plus fort qui domine et on assure qu’on est visible en klaxonnant et se mettant contre la voiture du voisin tout en grimpant les rues en première. Le mot d’ordre est anarchie: s’il y a des règles de conduite, je n’ai pas pu les détecter et en tant que piéton il vaut mieux courir quand on traverse, question de ne pas se faire écraser.

Cette anarchie dans le trafic est continuée dans l’urbanisme: des lois d’urbanisme, a priori il n’y en a pas, où au moins ils ne sont pas appliqués. La population a tellement explosé en taille qu’on est obligé de construire sans cesse, le temps manque même pour finir les maisons, ce qui donne à La Paz sa couleur caractéristique de briques rouges des maisons non finies. Même si le temps n’était pas un obstacle, la population est trop pauvre pour s’occuper de questions futiles comme l’esthétique, si on sait qu’une très grande partie des citoyens n’a pas toilette ni eau chaude chez eux, problème qui est en partie résolu avec le grand nombre de toilettes publiques dans la ville. Cette pauvreté est le plus visible à El Alto qui ressemble plus à un grand camp de concentration avec sa monotonie des blocs carrés et ses rues poussiéreuses, qu’à une maison hospitalière pour des familles entières. Ici, les gens s’occupent de leur survie, ils n’ont pas le temps de vivre, la pauvreté est la norme et la richesse l’exception.

Mais où est donc l’argent? Les gens travaillent, je les vois chaque matin, posté sur le trottoir pour vendre leur marchandise? Suffit de regarder un peu autour de soi: les quelques bâtiments bien entretenus sont les banques et quelques services gouvernementaux, protégés par des militaires armés jusqu’aux dents. Le dragon du progrès économique a, ici aussi, prouvé de se résumer plutôt à une exploitation des masses en faveur d’une élite de banquiers, de multinationales et de politiciens corrompus.

Ce n’est pas dans la politique, il y a des élections et des changements de têtes, mais fondamentalement rien ne change (vous reconnaissez?). Le droit, et même l’obligation, de vote garde les gens dans l’illusion d’avoir un mot à dire ou de pouvoir influencer le courant des choses en plaçant leur puissance dans les mains de quelqu’un d’autre.

Ce n’est pas non plus dans les sorts ou potions magiques que les gens achètent au marché des sorcières pour devenir multimillionnaires, pour avoir une belle femme ou pour avoir une plus grosse maison que le voisin.
Aucun changement ne peut venir en continuant de mettre sa vie et son destin dans les mains d’autres personnes. Peu importe s’il agit du curé, du président, du patron …. Le changement viendra du peuple, d’individus engagés.

Les Boliviens ont l’esprit fort et ils commencent à s’indigner: il y a des manifs étudiantes tous les jours, il y a des stations de radio indépendantes qui se créent pour informer les gens et il y a surtout une cohésion sociale impressionnante qui a fait que jusque là, ils ont survécu. Ce sont les initiatives citoyennes qui sauveront le monde et qui s’allument comme des petites lumières pour inspirer le reste de la population: il y a la femme du restaurant végétarien qui prend son temps pour sensibiliser la population sur l’effet de la malbouffe sur le corps et l’environnement; il y a des écoles qui commencent à enseigner de manière différente en incorporant la créativité et en respectant l’authenticité de chaque enfant; il y a un retour aux sources (à la source) avec les gens qui sensibilisent sur le respect de la terre et qui motivent la population à consommer local et bio….

Et pachamama dans tout ça? La Bolivie a créé la Loi Pachamama, une loi qui défend les droits de la mère terre, qui est une première dans le monde, mais qui reste jusque présent lettre morte et qui devient presque ironique quand on voit les déchets parsemés partout dans le paysage Bolivien.
Les gens ont perdu leur rapport à la terre, la population bolivienne s’est coupée de sa source d’existence et pour retrouver l’abondance, ils ont besoin de renouer ce lien, de se refamiliariser avec Pachamama (la mère terre). En coupant ce lien, ils se sont coupés de leur source, ils ont adoptés aveuglement des valeurs qui n’étaient pas les leurs, ils ont cru les illusions qu’on leur a vendues: richesse, progrès économique (le fameux…), une vie facile… Ils se sont fait avoir, comme nous, mais ils commencent à se réveiller, comme nous.
Le fait que cette loi existe est signifiant, même si elle n’est pas appliquée présentement. En regardant la situation actuelle et l’état de conscience générale, elle semble presque miraculeuse, presque comme si c’était la terre elle-même qui avait exigé son existence. Comme si elle voulait montrer qu’elle était toujours là, en train d’attendre que les Boliviens la reconnaissent de nouveau comme leur alliée.

By | 2017-03-31T15:18:26+00:00 1 avril 2015|Amerique Latine, Voyage|0 Comments

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Tisseuse d'inspirations et de rêves, je crée des étincelles et connexions entre le monde intérieur et les perceptions extérieures, entre esprit, âme et corps. Les fils rouges de mon tapis multicolore sont le chemin du féminin sacré et la quête de l'harmonie avec comme principaux motifs l'émerveillement, la magie et la simplicité.

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Bolivia – La Paz

Nuestra Señora de la Paz is a town that doesn’t do justice to its name. From the early morning till late at night there is commotion in the steep streets of downtown La Paz and in the arid square blocks of l’Altiplano. Each day an impressive shift of energy takes place and the roads and streets of the city are filled with students, soldiers, children, people on their way to work, tourists, Aymara women (women in traditional attire wearing colourful, multilayered skirts, large decorative scarves of alpaca wool and tiny hats) that sell their goods.  

The sidewalk is the main marketplace in La Paz: everywhere you can see little white closets that serve as shops and whose merchandise is spread out on the sidewalk each morning. Next to that you can find improvised stands (a piece of plastic, a basket, a bag is largely sufficient to open a sidewalk « store ») that sell anything and everything you can imagine: fruit & vegetables, fresh juices, stockings, clothes, window applications, elixirs promising to grow back your hair or cure rheumatism, fluorescent orange chickens & unidentifiable hunks of meat that are exposed in open air… and candy: tons and tons of candy whose sugar content approach 99% (refined Belgian sugar, something to be proud of…). The rule seems to be: the more you can pile up on the sidewalk, the more your shop will be successful. Even the stores abide by the same rule: there are people renting commercial spaces, but even they move the majority of their merchandise onto the sidewalk each morning.  

There are 2 different kinds of shops like the ones we’re familiar with, in a building: drugstores (the Bolivians clearly inherited the Spanish obsession with medication) and garages. Without exaggeration, there are easily 2 tot 3 garages per street: the traffic in La Paz is an adventure, machismo is rampant among drivers of old Lada’s or Toyosa minibuses (not a typo, they like to approach well-known brands, if only in name), it’s survival of the fittest and you make sure you’re heard and seen by honking the horn and by touching the cars of your neighbours while escalating the streets in the first gear. The word is anarchy: if there are any rules, I wasn’t able to detect them and when walking, it’s best to run while crossing the street if you want to avoid getting mowed down.  

The anarchy that can be felt in traffic is continued in town planning: until the contrary is proven, there aren’t any urban planning laws and if there are, they are not at all applied. The population exploded at an unseen rate which means they are forced to keep building and there’s not enough time to finish the houses, which provides La Paz with its characteristic red brick colour of unfinished buildings. Even if time were not an obstacle, the population is too poor to be preoccupied with futile questions such as aesthetics, taken into account that a large part of the citizens does not have toilets or warm water at home, problems which are partly solved with the large number of public restrooms and showers. Poverty is most visible in El Alto which takes on the likes of a concentration camp with its monotonous square blocks and dusty roads, instead of a welcoming home to entire families. Here, people are busy surviving and they don’t have the time to live, poverty is the norm and wealth is an exception.

But where did the money go? People work, I can see them each morning, taking their places on the sidewalks to sell their goods? All you need is a good look at the city: the few buildings that are well maintained are banks and some governmental institutions, protected by highly armed military men. The dragon of economic progress struck here as well and proved, yet again, to be synonymous with the exploitation of the masses in favour of a few bankers, multinationals and corrupt politicians.

It’s not by putting their faith in politics: there are elections and the heads of state change, but fundamentally everything stays the same (recognise this?). The right, or the obligation, to vote keeps people trapped in the illusion that they influence the state of affairs or that they have a say by placing their personal power in the hands of others.
It’s not by drinking the magic potions people buy in the witches’ market to become multibillionaire, to acquire a beautiful wife or to have a bigger house than the neighbour.
No change can come from putting our lives and destinies in the hands of other people. It doesn’t matter if this person is your priest, your president, your banker or your employer… The change will come from the people, from motivated individuals. 

Bolivians are strong-willed people and they start to manifest their discontent: there are student marches every day, independent radio stations that are being created to inform the people and above all there’s a strong social cohesion that made sure that they were able to survive up till now. It’s the various citizens’ initiatives that will save the world and that are lighting up here and there as inspiring lights for the rest of the population: There’s the lady from the vegetarian restaurant that is educating the population on the effects of unhealthy food on the body and the environment, there are schools that are beginning to teach in a more creative manner, respecting the authenticity of each child, there’s a return to the source with different engaged individuals educating people on respecting the earth and motivating people to consume biological and local food…

And Pachamama in all this? Bolivia created the Pachamama law, a law that defends the rights of mother earth, which is a first in the world, but that, till today is not being applied and that almost seems like a bad joke when you see the quantity of garbage that is littered all over the Bolivian countryside. 
The Bolivians completely lost their connexion to the earth, they cut themselves from their source and to go back to abundance, they need to reconnect, familiarise with Pachamama (mother earth). They started blindly adopting values that weren’t theirs, they bought into different illusions: wealth, economic welfare (the one and only), an easy lifestyle…. They got fooled, like us, but they are starting to awaken, like us. 

The fact that this law exists is significant, even if it is not yet being applied. When we put it against the context of the current state of the country and the state of consciousness of the people, this law seems to be a miracle, almost as if it were the earth herself that demanded its existence. As if she wanted to show that she’s still there, waiting for the Bolivians to recognise her again as their ally. 

By | 2017-03-31T15:28:00+00:00 1 avril 2015|Travel|0 Comments

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