Il existe, quelque part, pas si loin de chez toi, une jungle, un lieu où le seul prédateur de l’homme est l’homme lui-même.

L'Ecole des Arts, en reconstruction suite à un récent incendie

L’Ecole des Arts, en reconstruction suite à un récent incendie

Quand tu foules le sol poussiéreux de ces terres réputées hostiles -selon certains médias et autorités- tu t’imprègnes d’une ambiance particulière, d’un flot d’émotions peu courant qui ne reflète absolument pas les conditions de vie dans lesquelles la population s’anime là-bas.
Les premiers visages qui s’adressent à toi, sont illuminés d’un sourire généreux, d’un « Bonjour ! » enjoué. Certains te serrent la main. Ils sont très heureux d’assortir ce premier mot d’un cordial « ça va ? ». Le soleil tape, l’air manque un peu. Ils ont des points d’eau pour se rafraîchir.

Sur le sol poussiéreux, que tu foules en terres réputées hostiles, s’anime la VIE, en réaction à la mort qu’ils ont fui.

Messages de détresse sur un des portails d'entrée de la "Jungle"

Messages de détresse sur un des portails d’entrée de la « Jungle »

Dans cette Jungle calaisienne, une autre dimension d’existence s’est créée. Une vie faite de solidarité, de légèreté malgré la lourdeur de la situation. Les logements de fortune sont décorés, entretenus et agencés de manière à recréer une ambiance supportable.

La fourmilière s’agite dès potron-minet, avec les prières des uns, les rires des autres, les cafés qui fument dans les gobelets … telle une ville qui s’éveille.
Les femmes sont belles, maquillées, jeunes pour la plupart, généralement vêtues « à l’occidentale » avec un foulard noué ou posé sur les cheveux, pour se protéger du vent, du soleil, du sable ou de la pluie ? Qui sait !? Ici, pas question de tenue polémique, ils sont en transit, le souffle un peu coupé en attendant quel sort leur sera réservé.

Les hommes, jeunes et moins jeunes, restent souvent entre eux. Certains sont en route vers l’école, cahiers et crayons à la main.
Les rires des enfants donnent à l’ambiance des lieux une douceur et une joie de vivre encore plus émouvante.

C’est avec beaucoup d’humilité que Jean-Baptiste et moi-même sommes restés auprès d’eux.

Nous leur avons donné cours de français, de manière un peu improvisée. Mais le partage était intense, plein d’humour et de légèreté. Ils ont des rêves, comme vous et moi… mais dans leurs pays, une poignée d’hommes les ont détruits. Le sol poussiéreux que tu foules en terres réputées hostiles n’appartient pas plus à nous qu’à eux…
Aujourd’hui, j’ai appris bien plus d’eux qu’ils ont pu apprendre de moi. C’est à eux que je dis « merci »…Mon cœur déborde d’Amour, et aucun mot ne peut exprimer ce que je ressens.

Toi qui me lis, si tu veux faire une chose très simple pour leur venir en aide, il te suffit simplement de refuser la manière dont les médias et les autorités traitent les réfugiés, et d’en parler autour de toi.
Si en plus, tu as un peu de temps à leur consacrer, nous pouvons communiquer les noms des associations sur place pour intervenir. Mais le plus simplement du monde, l’accès à l’école est à portée de tous, il suffit d’un laisser-passer que les policiers sur place vérifient distraitement.

Pour ma part, c’était une première présence, et beaucoup d’autres suivront là-bas, et ailleurs, si je peux !

Valerie Scholts